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Experte invitée: « Les Expertes à la Une » !

expertesComment améliorer la visibilité des femmes dans les médias ? Cet événement a été organisé par la Direction de l’Information et la Direction Diversité du groupe TF1, dans l’objectif d’accélérer et d’optimiser la représentativité des femmes expertes dans les médias, et notamment les journaux télévisés. 150 Expertes (économie, innovation, santé, éducation, sécurité, sciences), référencées sur le site www.lesexpertes.eu ont été conviées à participer à cette journée. Elles font désormais partie du portefeuille des journalistes de TF1 et LCI. La présence de la Ministre des Familles, de l’Enfance et des droits des Femmes, Laurence Rossignol, démontrait le soutien qu’elle apporte à cette initiative.

Les 3 temps forts de la journée :

  • Une table-ronde sur le thème « Expertise dans les journaux télévisés : quelle place pour les femmes ?» au  cours de laquelle des représentants  du  groupe TF1 et des experts  des  médias ont débattu au sujet de la représentativité des femmes expertes dans les journaux télévisés ;
  • Des ateliers de média training : prise de parole en public, à la radio, ou encore devant une caméra ;
  • Des rencontres entre les expertes et des journalistes spécialisés (santé, innovation, etc.) de TF1 et de LCI pour mutualiser leurs forces à propos de domaines d’expertises dans lesquels les femmes sont  encore  sous-représentées sur les plateaux de télévision.

Table-ronde : « Expertise dans les journaux télévisés : quelle place pour les femmes ? »

Bénédicte Le Chatelier, journaliste (« LCI et vous », chaque matin 9h-12h) et « femme d’action » (en Syrie pour un reportage le week-end dernier) a animé cette conférence / table-ronde.

Catherine Nayl, Directrice Générale Adjointe Information (TF1), a précisé que cet événement a été créé pour « faire bouger les lignes » : « Cela fait 30 ans que les femmes ont fait bouger les lignes. Mais ça ne suffit pas ».

Pour identifier la place qu’occupent les femmes dans les journaux télévisés, le Groupe TF1 a réalisé une étude pendant 4 mois, de mai à aout 2016. Il est apparu que le taux de représentation des femmes dans les éditions d’informations à la télévision s’élève à 34%. En ce qui concerne plus précisément la présence des expertes dans les médias, les chiffres descendent en-dessous de 25%. Pour Catherine Nayl, le problème est complexe, car même les femmes véhiculent des stéréotypes sur les femmes.

L’objectif est ainsi de créer des passerelles : « il faut aussi que les journalistes viennent nous chercher ».

Pour cela, Catherine Nayl a élaboré un plan d’actions :

  • La rencontre d’une vingtaine de réseaux féminins en juin 2016 ;
  • L’événement « Expertes à la Une », en présence de 150 expertes ;
  • La création d’un annuaire partagé d’expertes entre LCI et TF1 ;
  • La mise en place de formations pour les journalistes et les monteurs de TF1 et LCI entre décembre 2016 et mai 2017.

Pour Brigitte Grésy, Secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, « les femmes sont « manquantes » et « manquées », notamment par peur de la prise de risque ».

Elles ne sont pas là où l’on a besoin d’elles. Ex : pas de femmes PDG du CAC 40 !

Brigitte Grésy soulignait le sentiment de peur que peuvent ressentir les femmes à prendre la parole : la première peur serait d’aller contre la division sexuelle du travail. Elle évoquait, en premier lieu, la forme : les femmes ont moins l’habitude de parler dans les médias. « Peut-être sont-elles moins formées ? Moins aptes ? Pour Brigitte Grésy, il s’agit d’un problème qui s’accompagne de l’illusion de la sur-légitimité de la parole masculine. « Les hommes sont si habituellement présents qu’on ne les voit pas ». En économie et en géopolitique, par exemple : « il faut mettre en face des viviers d’expertes ». Brigitte Grésy convoquait ensuite des raisons culturelles pour expliquer l’appréhension des femmes à se rendre visibles dans les médias.

Pour elle, la situation peut se comprendre à travers deux effets :

  • La crainte des journalistes de « cette prise de risque» que représenterait le fait de solliciter une femme sur certains sujets ;
  • La peur des femmes elles-mêmes et leur sentiment de culpabilité.

Brigitte Grésy soulignait que, du point de vue expression et affirmation de son expertise et de sa place dans la société, la « fabrique des sexes » est complètement différente. Considérant que la prise de parole représente une forme de prise de pouvoir, les femmes ressentiraient une sorte de « syndrome d’usurpation » : « est-ce que c’est ma place ? ». Les femmes, parce qu’on les aurait éduquées comme cela, auraient peur de l’effet miroir de l’attention de soi (exemple de préoccupations : « Est-ce que je suis bien coiffée ? »). Pourtant, l’important est l’adéquation entre sa posture et ce qu’elle dit.

Christelle Chiroux, Cheffe du Pôle Spécialistes des JT de TF1, est ensuite intervenue en affirmant que les objectifs de la rédaction consistent à s’approcher des 50% de représentativité des femmes en plateau. Elle a ensuite interpelé le public en soulignant : « quand les hommes sont contactés par les médias, ils mettent 20 min à répondre, les femmes mettent beaucoup plus de temps », en référence à l’organisation des sphères de vie et des temporalités familiales.

Marie-France Monéger-Gutomarc’h, Présidente de l’association « Femmes de l’Intérieur » (Ministère de l’Intérieur) a souligné le fait qu’aujourd’hui c’est la place des femmes chez les experts qui est leur sujet principal.

Marie-Claire Capobianco, Directrice des Réseaux France et membre du Comité Exécutif du Groupe BNP Paribas, indiquait, par ailleurs, que les médias n’appelaient pas suffisamment de femmes, ne les trouvaient pas ou ne les cherchaient pas.

Elle rassurait l’auditoire : « Une fois que vous avez parlé, c’est ce que vous avez dit qui a compté. Le message que l’on porte, porte davantage que la coiffure ou autre chose. L’entourage amical fait toujours un commentaire, mais ça fait partie de l’ensemble. [Rires] ». Marie-Claire Capobianco précisait l’importance, pour les femmes, d’avoir confiance en elles pour prendre la parole, et de saisir toute occasion de le faire. « Une femme qui rate sa prestation est beaucoup plus critiquée. Un homme qui rate sa prestation, on va lui trouver des excuses ». Elle soulignait également la prégnance du syndrome du « Soit belle et tais-toi », véritable poids culturel de la prise de parole des femmes.

Marianne Mairesse, Rédactrice en chef du magazine Marie-Claire, a rebondi sur les questions des tâches domestiques et la charge des enfants qui contraindraient la disponibilité des femmes. « C’est absolument faux ! Il y a des scientifiques, des sociologues, des juristes, etc. qui n’ont absolument pas du mal à se rendre disponibles ! ».

Marianne Mairesse précisait ensuite que la mise en lumière des femmes représente une volonté première pour le magazine Marie-Claire : « On a envie de les mettre en valeur, qu’elles puissent développer leurs pensées, leurs réflexions, qu’elles se sentent en confiance en venant témoigner dans Marie-Claire. C’est aux Directeurs de Rédaction de donner cette impulsion-là. Il faut une réelle volonté des rédactions ». Elle concédait, en fin d’intervention, le fait que les femmes ne cherchent pas, a priori, la lumière, de peur de ne pas être légitimes.

Antoine Guelaud, Directeur de la rédaction des journaux télévisés de TF1, faisait part de son observation : sur les plateaux, un homme est généralement présenté par son nom, son prénom et sa fonction ; les femmes de leur côté sont souvent appelées par leur prénom ! Il se souvenait de la préparation d’un plateau de JT : « Monsieur Arnaud Montebourg, etc. et Najat ? ».

Puis, s’adressant à l’auditoire, Antoine Guelaud précisait : « On a besoin de vous. On enrichit le portefeuille des journalistes et on lance ce module demain ».

Pour introduire son propos, Laurence Rossignol, Ministre des familles, de l’Enfance et des droits des Femmes, a commencé par un conseil de lecture : le livre « La Place » d’Annie Ernaux, en référence à la place des femmes dans la société. La Ministre a ensuite invité à prendre conscience du sexisme (en évoquant notamment l’initiative de son ministère : « Sexisme, pas notre genre ! ») : « la prise de distance est nécessaire face à un phénomène qui est collectif ».

Laurence Rossignol a souligné le fait que, partout, des réseaux de femmes s’organisent. Ces associations permettent de donner plus de visibilité aux femmes qui participent à la richesse collective. Ces réseaux de femmes offrent également l’occasion d’échanger sur le rôle qu’elles occupent dans la prise en charge de leur famille et de leur entourage. « On se rend compte qu’il s’agit de quelque chose qui affleurait… et qui ne demandait qu’à pousser » ; « Quand on n’a pas les lunettes de « genre », le monde est plus facile. Avec ces lunettes, on est en exigence de correction ».

Laurence Rossignol faisait observer la difficulté langagière qui se pose aux femmes : « Il y a quand même des mots qui n’existent qu’au masculin. Par exemple, un « tribun », c’est un homme qui excelle à l’oral, un orateur puissant. Mais ça n’existe pas au féminin. Tribune ? [Rires] ». Aussi, la Ministre relevait le fait que l’apparence physique des femmes semble générer plus d’importance que celle des hommes : « Ils sont moins regardés que les femmes, donc ce qu’ils disent est plus écouté ». Par ailleurs, elle précisait aussi que le problème ne se situe pas seulement sur le plan quantitatif : « dans les médias, il y a la place des femmes sur les plateaux, mais aussi la manière dont on les interroge, dont on les sollicite, etc. ». Enfin, Laurence Rossignol a terminé son intervention en proposant une interprétation des faits dramatiques incombant aux hommes tels qu’ils sont rapportés dans les médias : « la violence des hommes sur les femmes suscite des formes d’euphémismes dans le discours », en citant l’exemple du « crime passionnel » ou encore du « drame familial », supprimant l’acteur de l’acte dans la manière de présenter les faits.

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